Le parcours de l'excellence d'Avner ZIV

La société et l'hérédité.

Au début de notre histoire, il y a la société et l'hérédité.

Certaines sociétés ont le courage de développer les talents intellectuels. Elles ont une certaine structure sociale, un certain système d'apprentissage, donnent la permission d'ouvrir des classes spécialisées pour les enfants qui en ont besoin. D'autres cultures ne le font pas.

L'hérédité du talent intellectuel, nous savons ce que c'est. La discussion sur la part de l'hérédité et celle des facteurs sociaux, n'est pas tellement importante mais les deux sont bien là.

Donc le premier facteur pour arriver à l'excellence, c'est l'environnement social et l'hérédité.

L'intelligence

La deuxième phase est l'intelligence qui est une capacité. Le Q.I. est un chiffre qui résume de nombreuses fonctions : le cognitif, la mémoire, la perception, le langage, le vocabulaire, la solution des problèmes qui apparaissent dans les tests de   Q.I., qui sont une combinaison de toutes ces capacités. Deux enfants qui ont un Q.I. de 100 par exemple, sont très différents l'un de l'autre; on le voit dans le profil du Q.I.

Cette capacité intellectuelle existe, est mesurable, il y a une corrélation entre elle et le cerveau. Nous savons qu'il y a 2,5 à 3 % des enfants qui ont un talent intellectuel supérieur - n'ayons pas peur des mots.

Sans cette capacité intellectuelle, le processus vers l'excellence est arrêté. Il n'existe pas de scientifiques qui aient créé quoique ce soit avec un Q.I. inférieur à 120 ou 130.

Cependant,   l'intelligence est une condition nécessaire mais non suffisante pour arriver à l'excellence. Le plus important dans notre travail avec les enfants, ce n'est pas forcément l'intelligence : il faut travailler sur les autres aspects qui mènent à l'excellence dans le domaine intellectuel.

Le talent, l'intérêt

Quels sont ces autres éléments ?   D'abord, le talent, l'intérêt. Il faut que l'enfant s'intéresse. Les enfants, surtout les intellectuellement doués, s'intéressent à énormément de sujets. Il faut qu'ils se concentrent sur quelque chose. Ils commencent à parler, à lire. Nous n'apprécions pas assez le pouvoir, l'influence de l'enseignant sur l'enfant. Or très souvent, cet enfant s'accroche à un sujet, parce que l'enseignant est bon, parce qu'il lui fait découvrir des choses merveilleuses dans une matière qui, si l'enfant était dans une autre école, l'ennuieraient terriblement.

Avec l'intérêt, il commence à apprendre, à savoir de plus en plus. Pour qu'un physicien développe une grande théorie, il doit être physicien,   bien connaître sa matière avant de produire. C'est pareil en psychologie..........

Sinon, la marche vers l'excellence s'arrête. On est intelligent, certes, mais on ne s'intéresse à rien. Cela ne peut pas mener bien loin.

La créativité

Mais admettons donc qu'il ou elle ait du talent, s'intéresse, travaille. On passe à la créativité et c'est extraordinaire, mais très difficilement mesurable. En effet, la meilleure mesure de la créativité, c'est la création.   " Qu'est-ce que vous avez créé ?". Il est très difficile de mesurer la créativité des enfants car ils ne créent pas d'objets qui aient une valeur sociale. Comment savons-nous si la théorie d'Einstein ou celle de Freud a quelque chose de positif, d'acceptable ou non ? C'est parce que la société lui donne cette valeur. C'est une valeur sociale.

Si vous écrivez un opéra que personne ne voit jamais, il ne vaut rien. Il faut que le public, les experts, tout le monde s'intéresse au résultat de la créativité.

Et la créativité, ce n'est pas répondre à : "Combien y a t-il d'usages à une boîte à savon ?" Celui qui répond trente cinq, est-il un créatif ? Non. Les schizophrènes donnent beaucoup de réponses, à ce type de problème. La créativité, c'est plus complexe. Elle nécessite plusieurs éléments qui font avancer ou non quelqu'un qui a de l'intelligence.

Le non-conformisme   

Lorsque quelqu'un affirme une "vérité"   que tout le monde s'accorde à dire vraie, si l'on pense soi, que ce n'est pas forcément vrai, on est non-conformiste. Souvenez-vous de l'exemple, en phrénologie, de ces bosses que les scientifiques mesurèrent pour voir où se situait l'intelligence. C'était la vérité scientifique, et c'est maintenant risible. Il est important en sciences de savoir que toute théorie change. La science évolue et change, contrairement à la religion par exemple.

En sciences, les choses changent chaque fois qu'il y a une nouvelle théorie, de nouveaux apports de l'expérimentation.

Si vous aviez dit, il y a cinquante ans, que dans notre cerveau, il y avait des ondes électriques, on vous aurait traité de fou. Aujourd'hui, on le sait très bien, on fait des électroencéphalogrammes.   De même, ce que nous croyons très fermement maintenant, n'aura plus aucune valeur dans trente ou quarante ans.

D'où la nécessité d'être non-conformiste, de ne pas accepter les points de vue parce qu'ils sont acceptés par tout le monde. Ce qui ne signifie pas qu'il faille pratiquer le refus systématique, mais être un peu sceptique. Le non-conformisme, c'est dire : " Attendez, attendez, regardons cela de plus près . . . "

La confiance en soi

Cette confiance en soi est nécessaire pour dire,

- " Moi, je crois ça. "

- " Mais, non, tout le monde sait que . . . "

- " Peu importe, moi je crois   ça et je vais essayer de le prouver. "

Il faut avoir le courage de sortir et de lutter. Toute nouvelle idée est saluée, en sciences, par un grand éclat de rire. Souvenez-vous de Galilée et de son idée aberrante à savoir   que la terre était ronde

- " Mais tout le monde sait qu'elle est plate !

Toute idée nouvelle qui n'est pas de l'acceptation, est rejetée. Pour être créatif et parvenir à l'excellence, il faut avoir le courage de tenir tête aux idées reçues. Sinon, vous pouvez être très intelligent, avoir un Q.I. de 180, vos idées ne sortiront jamais. Il faut avoir confiance en soi pour faire face.

La curiosité

Il faut aussi de la curiosité : " Pourquoi ? " " Comment ? " Sinon, on ne réussit pas à élargir les champs de connaissances qui peuvent servir. Plus vous savez, plus le talent intellectuel est facile. Souvenez-vous de ce que nous a dit le Pr. Rossi.

Et de la persévérance.

Quand on demande aux gens qui sont arrivés, qui ont produit, comment ils y sont arrivés, la plupart ne parlent pas d'intelligence; pratiquement aucun ne l'évoque : ils parlent de persévérance, de dur labeur, de l'énergie nécessaire pour continuer. Si vous voyez dans une université, la lumière qui brûle toute la nuit, il y a là un savant qui travaille. Il a une discipline de travail, d'apprentissage. Voilà l'important. Si des enfants ou des adultes ont la capacité intellectuelle, ils vont avancer car ils sont curieux, capables d'apprendre vite. Mais, malheureusement, beaucoup d'entre eux n'apprennent pas à travailler dur, à persévérer, à avoir une discipline.

Sans ces éléments, tout s'arrête. Vous pouvez être intelligent, avoir des intérêts; si vous n'avez pas tous ces éléments, le cheminement vers l'excellence sera interrompu.

Les talentueux intellectuels ont un certain type de personnalité. Observez ceux qui ont eu de grandes réussites : vous allez vous rendre compte de ce type de personnalité,- pas tous bien évidemment,- mais la majorité. Sans vouloir entrer dans les théories de la personnalité, je voudrais parler d'une variable, sachant qu'il y en a beaucoup
( 36 !).

Je crois que tout le monde connaît la théorie de Jung :  " introvertis - extravertis ".

Les introvertis sont ceux qui sont plus introspectifs. Ils ont peu d'amis, mais de bons amis ; l'extraverti est très sociable, vous le rencontrerez dans des discothèques.... Il est très populaire. La plupart des gens qui ont du talent intellectuel, qui sont arrivés à l'excellence, sont plutôt introvertis, car le travail intellectuel nécessite du temps, de la concentration et de la discipline.

Lorsque l'on fait des tests d'intelligence, on obtient des résultats différents selon que l'on tient ,ou non, compte du temps. Prenez deux enfants ayant les mêmes résultats finaux aux mêmes tests.

Par exemple, il y avait 50 questions.   Un enfant a eu la note moyenne de 10 et il a répondu à toutes les 50 questions dans le temps donné. Il a fait 40 fautes, mais il a eu 10 de moyenne. L'autre enfant n'a résolu, lui, que 10 problèmes dans le même temps, il a aussi une note de 10. Le premier est un extraverti qui travaille rapidement, le second est un introverti.

Vous reprenez ces deux mêmes enfants. Vous leur redonnez un autre test mais cette fois sans limite de temps. Le premier va faire 50 problèmes et 40 fautes, mais il termine en 10 minutes. L'autre travaillera pendant une heure, terminera le test, presque sans faute.

L'un des critères des examens de l'intelligence est qu'ils sont tous basés sur le temps. De vrais tests d'intelligence, avec des enfants intellectuellement doués devraient tenir compte du fait qu'il y a des enfants qui travaillent rapidement, d'autres plus lentement, mais ceux-là vont peut-être plus loin.

Les scientifiques qui sont parvenus à l'excellence, sont plutôt des introvertis, même s'ils voient la solution très vite, ils hésitent, ils prennent leur temps. Dans leur personnalité, en plus des éléments dont je parlais tout à l'heure, il y a ce pouvoir de concentration.

Apprendre à finir un travail en un temps donné, cela s'apprend à l'école mais aussi à la maison en menant à terme les activités de la vie familiale. Cette habitude s'acquiert indirectement. Les mathématiques, les cours d'histoire s'apprennent directement, on les enseigne. Mais les choses les plus importantes s'apprennent indirectement.