Le pédiatre

face au HPI


CABINET DE CONSULTATION PEDIATRIQUE

de la CLINIQUE SAINT JEAN LANGUEDOC

Docteur Christian PEYRAT

Ancien Interne des Hôpitaux                                                
Lauréat de la Faculté   

20 Route de REVEL - 31077 TOULOUSE CEDEX 
Tél : 05.61.54.90.67      


Mon Cher Confrère,

L'enfant intellectuellement précoce ou talentueux ou à Haut Potentiel est désigné habituellement par le qualificatif inapproprié de "SURDOUE", qui véhicule une image fantasmatique et erronée.   La précocité intellectuelle est définie par un quotient intellectuel global élevé, supérieur à 125. Comparativement, la très grande majorité de la population possède un QI entre 80 et 120, le 500 ième rang sur 1 000 correspondant à un QI de 1 00 (courbe de Gauss ).

Les enfants à Haut Potentiel représentent 5% de la population : Parmi les enfants scolarisés entre 3 et 16 ans dans votre département, sur 100.000 ils sont environ 5.000 - cinq mille!

Vous en connaissez donc ou vous aurez à en connaître nécessairement plusieurs.

Malgré tout ce que l'on peut dire ou ressentir face à ces enfants, il s'agit d'enfants....... « A HAUT RISQUE » : En effet, actuellement 50% de ces enfants, soit 2.500 enfants sur

100.000, souffrant de l'image négative que les autres leur renvoient, sont paradoxalement exposés à l'ECHEC SCOLAIRE.   En effet, progressivement les difficultés se révèlent et s'accentuent jusqu'au COLLEGE, aboutissant à leur EXCLUSION du système éducatif, qui pourra se poursuivre sous tonne d'exclusion sociale à l'âge adulte.   Leur impossibilité à se faire comprendre autrement les contraint à auto sacrifier leur talent potentiel pour s'identifier à leurs pairs et appartenir au groupe : leur socialisation (lorsqu'ils peuvent y accéder) a pour prix l'autodestruction de leur talent intellectuel.

Il faut leur venir en aide AVANT, et VOUS avez un grand rôle à jouer précocement, dès la maternelle et le primaire.

Connaissant beaucoup d'enfants dans ce cas, je peux témoigner de leur souffrance considérable, intensément partagée par leur famille confrontée à l'échec scolaire, aux troubles psychologiques, à la constatation trop tardive des grandes capacités intellectuelles de leur enfant et au sentiment pour eux d'être livrés à eux-mêmes au sein d'une société qui nie leur spécificité.

Constater a posteriori un tel gâchis est très dommageable dans l'immédiat pour les enfants concernés ainsi qu'à plus long terme pour l'avenir de notre société.

Loin de constituer une élite asociale, protégée, arrogante et imbue d'elle-même, l'ensemble de ces enfants réunit des personnalités très attachantes et très sensibles qu'il appartient de préserver et d'aider de notre mieux.

S'il vous semble que l'on en parle plus souvent actuellement, cela n'est pas dû à un phénomène de mode : il s'agit de l'expression de la souffrance endurée par les familles concernées qui se fait de plus en plus entendre, quel que soit leur milieu socioculturel.

Le tabou qui entoure cette question est sans fondement.   Il reflète pour partie une certaine idéologie, mais aussi la crainte séculaire de se confronter à quelqu'un de plus intelligent que soi Le pouvoir potentiel que représente l'intelligence supérieure de l'autre dérange et fait peur.

La reconnaissance de l'intelligence de l'enfant est un droit fondamental que l'adulte doit lui garantir.   Mais l'enfant reste soumis au bon vouloir de cet adulte.   Dans toute société, l'enfant ne peut occuper que la place prévue et ménagée pour lui par les générations plus anciennes.

Compte tenu de l'absence d'enseignement approprié en Médecine, Psychologie et Education Nationale, les exceptions à la règle restent trop rares encore en France : contrairement à certains pays étrangers déjà bien avancés dans ce domaine le développement de ces enfants dans notre hexagone est régulièrement entravé par l'ignorance des familles, des enseignants et des professionnels de l'enfant, dont font partie tous les médecins.

Continuer à ignorer ces enfants « à risque » constitue une forme de maltraitance psychologique de type collectif avec partage des responsabilités, dont nous devons nous préoccuper en commençant par en prendre réellement conscience et en agissant positivement.

Sans aucun préjugé, il faut offrir aux enfants précoces la reconnaissance de leurs capacités, le droit de savoir comment ils fonctionnent, l'adaptation scolaire nécessaire (dialogue avec parents, enseignants, éducation nationale, médecins et professionnels paramédicaux), et enfin l'accompagnement extrascolaire familial adéquat, affectif, matériel et scientifique.

Qu'ils soient à la campagne ou bien au centre d'une capitale régionale, dans un milieu aisé ou non, ces enfants doivent bénéficier de conditions leur permettant d'exprimer et de vivre leur talent.

Vous pouvez compter sur toute la gratitude des familles à qui vous aurez permis de faire confirmer et reconnaître le haut degré d'intelligence de leur enfant.

Comment procéder ?

              o   QUAND   SUSPECTER UN HAUT DEGRE D'INTELLIGENCE CHEZ L'ENFANT ?

w Evoquer systématiquement cette possibilité devant des enfants en une situation d'échec ou en très grande difficulté en fin de primaire et au collège.

Le parcours du combattant reste extrêmement difficile à gérer tant par l'enfant lui-même que par sa famille, de façon proportionnelle au retard à la reconnaissance de leur spécificité.

w A la lumière des congrès nationaux et internationaux, des publications nouvelles, et du constat sur le terrain, il apparaît nécessaire de dépister bien plus tôt des troubles naissants, ou mieux, de les prévenir: Il faut donc agir en amont, c'est à dire en grande section de maternelle, voire en moyenne section.

Votre attention doit être attirée à cet âge par un enfant manifestant à la fois : rapidité d'acquisition, capacités de synthèse et de rapprochement, résolution d'un problème. à une vitesse fulgurante par rapport aux capacités attendues à cet âge ; avant même son entrée à l'école, il s'est mis, en général, à parler très tôt, dans un langage d'emblée presque adulte; son vocabulaire est riche, ses phrases sont bien construites ; il est curieux et pose une multitude de questions dont la pertinence étonne ses parents ; il a souvent beaucoup d'humour - et les questions métaphysiques de vie et de mort ont tendance à le tracasser bien avant les autres enfants de son âge.   Le décalage par rapport aux autres est de ce fait évident, et le signe avant coureur des difficultés est l'ennui pendant la classe, mais aussi parfois le décalage entre son savoir dire et son savoir faire : son exécution graphomotrice n'est pas en accord avec sa rapidité et son niveau d'abstraction.

o FAIRE PRATIQUER UN TEST DE O.I., DES TESTS DE       PERSONNALITE, ainsi que souvent un BILAN ORTHOPHONIOUE du langage écrit et oral, par vos correspondants Pédopsychiatres, Psychologues, et Orthophonistes.

Grâce à votre intervention, des tests appropriés et parfaitement fiables effectués après réflexion et indication bien posée pourraient enfin permettre à ces enfants d'accéder à l'aide spécifique indispensable.

Si certains pensent que les tests de quotient intellectuel sont une façon trop abstraite de « classer » l'intelligence humaine, il n'en demeure pas moins que les tests de technique orthophonique et psychologique en dehors du Q.I. corroborent les résultats constatés sur le plan intellectuel, permettant d'évaluer très concrètement et très globalement le problème posé pour un enfant donné.

Un test de quotient intellectuel peut être proposé dès 4 ans d'âge mental.

De nombreux autres tests sont couramment pratiqués et se complètent afin d'apprécier l'état psychologique, les performances en langage écrit et oral ainsi que le niveau de compétences scolaires.

Par exemple, une batterie prédictive de l'apprentissage de la lecture permet de connaître le temps qui sera nécessaire à un enfant pour acquérir la lecture : selon son âge, le résultat est exprimé en nombre de mois .   Etc. ...

Mais il faut rester vigilants en cas de Q.I. élevé et privilégier l'urgence à traiter spécifiquement un trouble psychologique découvert par les test associés et indépendant du haut degré d'intelligence.

La reconnaissance précoce du talent intellectuel d'un enfant lui permet certainement de bénéficier très facilement du saut de classe qui serait nécessaire pour certains, en attendant mieux.   Mais il ne s'agit pas là d'une panacée, et ces enfants devraient tous bénéficier d'une pédagogie différenciée.   Il suffit de les côtoyer pour s'en convaincre.

Car le message transmis aux familles doit bien entendu être ensuite transmis aux enseignants ainsi qu'à leur tutelle.  

Comme au plan national, votre antenne régionale contribue à offrir aux enfants intellectuellement précoces la reconnaissance de leurs capacités, le droit de savoir comment ils fonctionnent, l'adaptation scolaire nécessaire (dialogue avec parents, enseignants, éducation nationale, et professionnels de l'enfant), ainsi que l'accompagnement familial adéquat, affectif, matériel et scientifique.   Ses coordonnées sont précisées en post-scriptum.

Les professionnels spécialisés engagés dans cette tâche de terrain dans un but très louable, doivent faire face à de nombreuses situations particulières et souvent difficiles à résoudre, les impliquant fréquemment de manière bénévole dans l'accompagnement de certains enfants: ceci doit ici être remarqué et félicité, mais aussi facilité par notre action d'orientation des enfants d'âge plus jeune vers les tests adéquats.

En tant que praticiens, notre rôle préventif est donc capital, dans la mesure où nous sommes au contact de ces enfants pour lesquels un dépistage très précoce, avant le cours préparatoire, pourrait éviter à 50% d'entre eux de vivre par la suite une situation d'échec paradoxale très difficile à gérer tant socialement que médicalement.

En tant que médecins, nous sommes de fait personnellement impliqués dans la reconnaissance sociale du talent intellectuel et je me tiens personnellement à votre disposition si vous le souhaitez pour vous informer des modalités de dépistage et de prise en charge à mettre en oeuvre notamment pour les enfants précoces en difficulté.

En vous remerciant par avance d'avoir bien voulu consacrer quelques minutes à la lecture de cette lettre, je vous adresse, Mon Cher Confrère, mes plus cordiales salutations.

Docteur Christian PEYRAT